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Journal d'un detenu mineur

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Olivier SOZ, Journal d'un détenu mineur à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy

Le blog d'Olivier Soz, Journal d'un détenu mineur est de retour !

Le journal d'un détenu mineur d'Olivier Soz a déjà trouvé plus de 150 000 lecteurs sur Internet.

Le narrateur, 17 ans, incarcéré à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy pour une affaire de vengeance, découvre l'univers carcéral. Il raconte sa vie en taule au jour le jour, ses six mois à vivre comme « une racaille pour se faire respecter ».

A travers le récit, il détaille le racket, les passages à tabac pendant les promenades, les tentatives de suicides, le mitard, les relations avec les surveillants et le fonctionnement de l'administration pénitentiaire.

« Le journal d'un détenu mineur d'Olivier Soz déclenche l'énthousiasme (...) Les rebondissements s'enchainent comme dans un film d'action » (Paris Match)

La suite du récit au jour le jour.


Rejoignez ma page facebook afin d'obtenir des informations à propos de la sortie du livre et de l'écriture du tome 2. Cliquez ici : Olivier SOZ sur facebook Puis cliquez sur "Devenir Fan".

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#Posté le lundi 24 août 2009 14:26

Modifié le jeudi 27 août 2009 09:12

1

Samedi, 00h30, je cours instinctivement en direction de ma maison, je crois que j'ai fait la pire connerie de ma vie, je ne réalise toujours pas, tout s'est fait si vite, Voilà dix minutes que je cours, dernier virage avant l'entrée de ma maison, je pense à ma mère, comment vais-je pouvoir lui raconter ça ? Que va-t-elle en penser ? Des gouttes de sueur coulent le long de mon visage sans que je m'en rende réellement compte, je suis trop préoccupé par ce que je viens de faire, j'aperçois la maison, bientôt la fin de ma course, je ralentis le rythme, je suis essoufflé. Dans ma tête tout est mélangé, je ne sais pas comment cette histoire va finir.

J'arrive devant chez moi, je m'arrête brusquement, une Laguna enclenche les pleins phares dans ma direction et démarre en faisant crisser les pneus, on se croirait dans un film américain. Par réflexe défensif, je fais demi-tour et lance ce couteau qui est la cause de tous mes ennuis, je cours le plus vite possible, la voiture s'approche de plus en plus, puis deux personnes en descendent et crient : « Police ! ». Je me retourne, j'aperçois un homme en uniforme, agenouillé, un pistolet braqué dans ma direction, je m'arrête net. Puis tout se passe en un éclair, je me retrouve allongé sur le ventre, menotté, dans ma rue... les policiers me bombardent de questions, je ne réponds pas, je ne suis pas conscient de ce que j'ai fait ni de ce qui m'arrive maintenant.

Je regarde autour de moi, je vois un de mes amis d'enfance qui passe et qui me regarde, j'ai honte, je tourne la tête pour ne pas être reconnu. Puis, une autre voiture de police arrive, cette fois-ci elle n'est pas banalisée, le policier me relève, et me pousse à l'intérieur, mes menottes me serrent, j'ai très mal.

Sur le chemin du commissariat, les policiers m'interrogent sur les faits, je leur explique et leur demande de me desserrer les menottes.

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#Posté le lundi 24 août 2009 14:37

2

J'arrive dans le commissariat, la brigade me dévisage, ils me font entrer dans une salle, je regarde autour de moi : deux cellules de garde à vue avec une porte vitrée donnant sur un bureau, l'une est occupée par un homme, la quarantaine, qui dort dans son vomi, ... Mon escorte me laisse sur un banc et m'ôte les menottes à ma demande.

Je raconte une nouvelle fois les faits à un autre policier. Pour le moment, je n'ai pas le courage de regretter quoi que ce soit, je ne réalise pas ce qui m'arrive. Je n'ai pas peur, je ne suis pas triste. Je leur demande combien de temps je vais rester sur ce banc, on me répond qu'il ne faut pas que je m'inquiète, la cellule vide à ma droite a été réservée spécialement pour moi...

1h30, je suis assis sur le banc en pierre de la cellule, il y a des graffitis, des délinquants fiers de l'être qui y ont laissé leur nom ou surnom, d'autres, ont mis des commentaires, « Arrête de cogiter, ce qui devra arriver arrivera » et « la prison, c'est dur, la liberté, c'est sûr ! » En lisant le mot prison, un frisson me parcourt le corps, je commence peu à peu à réaliser. Je m'inquiète pour la victime, et si je l'avais tué ? Peut-être que je ne lui ai fait que des petites égratignures et que dans la prochaine heure, je serai relâché ? Peut-être est-il en train de perdre son sang à l'hôpital ? J'ai peur. Je commence vraiment à stresser, il me faut une cigarette, je pense de plus en plus à la victime : Luc.

2h00, je me souviens de ce film, Usual Suspects, le héros disait que pour montrer que l'on n'a rien à se reprocher, en garde à vue, il faut dormir. De toute façon, je suis mort de fatigue. Le médecin m'a donné un calmant, il n'a pas trop d'effets mais je vais me forcer, et il faut que je sois en forme pour mon retour à la maison demain. Je me couche sur ce banc de pierre, ferme les yeux et attends que le sommeil m'emporte.

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#Posté le lundi 24 août 2009 14:47

3

Le lendemain, je suis réveillé par la porte qui s'ouvre, j'entends une voix féminine qui me demande de la suivre. Je me lève, me frotte les yeux puis je résume la situation en moins de deux secondes dans ma tête. Non, tu n'es pas dans ton lit Olivier, tu es en garde à vue car tu as mis des coups de couteau à ton collègue de travail. On me remet les menottes et on me traîne au bureau de l'OPJ, Officier de Police Judiciaire.

J'entre dans la pièce, la position assise avec les menottes est assez spéciale, on se sent vraiment inférieur les mains derrière le dos, en face d'un homme bien rasé, bien habillé, qui se tient droit, il a l'air d'aimer son travail.

- Bon, racontez-moi les faits de A à Z, et un conseil, dites la vérité et n'essayez pas de minimiser, dit l'officier d'un ton presque amical.
- Ok... en fait... je me suis battu avec un collègue, j'avais un couteau pour lui faire peur, mais je l'ai utilisé après avoir reçu un coup sur la tête. Voilà. Et j'ai une question : je vais rentrer chez moi aujourd'hui ?
- Tu te fous de ma gueule ?


Je sens maintenant l'officier beaucoup moins amical, et je trouve aussi originale sa façon brutale de passer du vouvoiement au tutoiement.

- Non.... Pourquoi ? ...
- Bon, pourquoi avais-tu ce couteau ?
- Pour lui faire peur, comme je vous l'ai dit.
- Mais... Je pense que tu lui as fait plus que peur ! Avec neuf coups de couteaux tout de même !

Neuf coups de couteaux ! Non, il bluffe, ce n'est pas possible, d' après le vague souvenir de la scène, j'ai dû l'effleurer deux ou trois fois ! Ce n'est pas possible, pas neuf.

- Neuf ? ...
- Oui ! Neuf ! Ton pote est encore à l'hôpital à l'heure qu'il est ! Bon, reprenons les faits du début.

Je lui raconte toute mon histoire, il tape au clavier aussi vite que je parle, ça m'impressionne. Je ne dois pas vraiment me rendre compte de ce qui se passe pour prêter attention à des détails si insignifiants, peut-être que j'essaye de fuir la réalité.

Je retourne dans ma cellule 3 étoiles, je m'assois, et pense à Olivia. Olivia est ma petite amie, elle fait partie de ces filles dont vous tombez bêtement amoureux. Une fille magnifique, pleine de charme, très intelligente...nous avons projeté de nous fiancer avant la fin de l'année, je devais la voir aujourd'hui, c'est fichu, d'ailleurs, est-elle au courant de ce qui m'arrive ? Qu'en pensera-t-elle si elle l'apprend ? De toute façon, je lui expliquerais tout ce soir, quand je rentrerai. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas trop.

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#Posté le lundi 24 août 2009 14:54

4

Il est maintenant 14h00, cette matinée m'a paru une éternité, je connais chaque détail de cet endroit, le moindre petit graffiti, je me suis même habitué à l'odeur. Alors que je digère mon sandwich jambon-fromage gracieusement offert par l'Etat, deux policiers entrent brusquement dans ma cellule :

- Vous me libérez ? Ca y est ?
- Non, pas vraiment, dit le policier, tout en me menottant.
- Où allons-nous alors ?
- Au tribunal jeune homme, pour savoir ce que l'on va faire de toi !
- Cool...

La route est embouteillée, ça doit faire au moins dix minutes que nous sommes sur la Nationale, au niveau de Trappes. Des questions auxquelles je n'arrive pas à répondre commencent à me traverser l'esprit. Je commence à être un peu plus réaliste sur ce qui pourrait m'attendre. L'image d'Olivia me revient toutes les trente secondes comme un flash dans ma tête, à chaque fois, je ressens une montée d'adrénaline, comme un n½ud dans le ventre. Le mot prison commence aussi à m'obséder, il devient plus en plus présent. J'ai essayé de questionner les policiers qui me paraissaient à peu près aimable pendant ma garde à vue, sur ce à quoi je pouvais m'attendre, mais aucun ne m'a parlé de prison.

Nous arrivons enfin, il nous a fallu trois quarts d'heure pour parcourir la distance Elancourt-Versailles... Nous descendons de la voiture, je suis menotté et entouré de trois policiers, il y a du monde à Versailles, je regarde le sol pour ne pas être reconnu, on ne sait jamais. Nous entrons dans le tribunal, les policiers me traînent jusqu'à un long couloir où il y a des cellules de garde à vue de chaque côté destinées aux délinquants en attente de jugement, l'odeur est différente mais loin d'être agréable. On me jette dans une cellule située vers le fond, je m'assieds et me mets à réfléchir gravement, j'ai toujours aussi peur et un mal de ventre terrible.

Si je vais en prison, que va penser maman ? Et papa ? Olivia m'attendra-t-elle ? Que vont dire mes s½urs ? Mes amis ? Et moi, que pourra-t-il m'arriver là bas ? ... non, il faut à tout prix que j'enlève cette idée de ma tête, Olivier, ce soir tu es chez toi, maman t'a préparé un bon repas, ne t'inquiète pas. J'ai peur.

J'entends des voix dans les cellules voisines, des détenus parlent d'une cellule à l'autre. Ils parlent de ce qu'ils ont fait, de ce qu'ils risquent, l'un d'eux est venu directement de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy pour se faire juger suite à sa détention provisoire, cela fait six mois qu'il est là bas, il espère vraiment rentrer chez lui ce soir, moi aussi.

Le temps passe, je repense à ce graffiti que j'ai vu dans la cellule en garde à vue, j'arrête donc de cogiter. Ce qui devra m'arriver m'arrivera.

Le temps est long, très long, cela doit faire quatre heures que je suis là à attendre. Je ne cesse de penser à Olivia, cela va bientôt faire deux ans que nous sortons ensemble, nous n'avons jamais passé plus de quarante huit heures sans nous voir. J'espère que je serai avec elle ce soir.

Ça y est ! On vient enfin me chercher, un policier me sort de la cellule, il me menotte, je n'en vois pas vraiment l'intérêt mais ne dis rien, j'ai d'autres soucis que ce bout de métal qui entoure mes poignets. Nous montons un escalier, une porte s'ouvre, nous arrivons directement dans la septième chambre correctionnelle du Tribunal de Versailles. Je suis assis à gauche du juge, derrière une sorte de comptoir. J'observe la salle, sur une rangée de bancs j'aperçois : mon père qui me fixe tristement, ma mère qui regarde le sol l'air désespéré, ma s½ur Amandine, mon ami Jérôme et... Olivia, les larmes aux yeux, qui se force à me sourire pour que je garde espoir. Je fais semblant de ne pas avoir vu pour ne pas devoir le lui rendre.

Le juge me demande de me lever, c'est un juge de permanence, il est tard, il veut vite en finir, je me lève, j'ai peur. Le magistrat rappelle les faits, la version qu'il a est celle rendue par l'officier de police. la moitié de ce qu'il raconte est complètement faux, mais je ne réplique pas, je ne sais même pas si j'ai le droit de parler.
Alors que je n'écoutais que vaguement, une phrase me fait l'effet d'un électrochoc: « Etant donné la gravité des faits, et pour éviter les représailles, nous décidons de placer Olivier Soz en mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Bois d'arcy pour une durée de six mois, renouvelable une fois. »

Je ne sais que dire, un silence lourd pèse sur la salle, ça me paraît durer des heures, par réflexe, je regarde Olivia, cette fois elle ne sourit plus, elle n'a pas réussi à contenir ses larmes, ma mère est dans le même état. Comment un être humain peut-il décider du sort d'autrui, surtout lorsqu'il a une situation stable ? Une énorme boule se forme dans ma gorge, je ne craque pas, il ne faut pas que je pleure, je ne veux pas que ma famille me voit pleurer.

Les policiers m'emmènent, je croise le détenu de la cellule voisine qui récupère ses affaires pour rentrer chez lui. Je ne peux plus tenir, je pleure. On me conduit jusqu'à un camion, dehors, mon père m'aperçoit, il arrive à se frayer un chemin parmi les policiers et me donne un paquet de cigarettes, je lis dans son regard : « Tiens bon », merci Papa.

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